Amoureuse de tout temps des mots, des phrases, des livres, je vous partage ici quelques pensées ou textes  qui m'ont parlé, touché, fait rire ou pleurer, réfléchir ou éclairer.

Tant d'âmes nous ont précédé, tant de coeurs se sont ouverts, tant de femmes et tant d'hommes ont écrit, qui ont su exprimer avec une telle justesse, une telle simplicité, un tel ressenti....un tel amour , avec humour, sagesse, avec clarté tout ce que nous pensons et ressentons aussi mais sans toujours savoir l'exprimer aussi justement.

Je leur laisse la parole dans les textes, poèmes et citations suivants . Quel plaisir et quel profond réconfort d'entendre (ou en l'occurence de lire) de la bouche de l'autre les mots que nous ne saurions nous mêmes prononcer . 

Patricia

"Si les choses ne se passent pas comme vous voulez c'est qu'elles veulent se passer mieux ".

"Il y a des êtres qui nous touchent plus que d'autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque."

Wajdi Mouawad

"Je pense que tout vient de là : vous faites pleuvoir parce que vous avez peur du soleil."

Didier Van Cauwelaert

Qu'en la beauté je marche,

Que toute la journée je marche,

Qu'à travers le passage des saisons je marche, 

Que sur la sente poudrée de pollen je marche, 

Qu'avec la rosée autour de mes pieds je marche.

Je marche avec la Beauté devant moi, 

Je marche avec la Beauté derrière moi, 

Je marche avec la beauté au dessus de moi, 

Je marche avec la Beauté au dessous de moi, 

Avec la Beauté tout autour de moi, je marche.

Prière Navajo

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux".

Jules Renard

SOYEZ POLIS

 

Couronné d'étoiles 

Un marchand de pierres à briquets élève la voix le soir

Dans les couloirs de la station Javel

Et ses grands écarts de langage déplaisent à la plupart des gens

Mais la brulure de son regard les rappelle à de bons sentiments.

"Soyez polis" crie l'homme

"Soyez polis avec les aliments

Soyez polis avec les éléments avec les éléphants

Soyez polis avec les femmes et aves les enfants

Soyez polis avec les gars du bâtiment 

Soyez polis avec le monde vivant.

Il faut aussi être très poli avec le Terre et avec le Soleil

Il faut les remercier le matin en se réveillant

Il faut les remercier pour la chaleur, pour les arbres, pour les fruits

Pour tout ce qui est bon à manger

Pour tout ce qui est beau à regarder, à toucher

Il faut les remercier 

Il ne faut pas les embêter...les critiquer

Ils savent ce qu'ils ont à faire

Le Soleil et la Terre

Alors il faut les laisser faire

Ou bien ils sont capables de se fâcher 

Et puis après, on est changé

En courge, en melon d'eau où en pierre à briquet

Et on est bien avancé....

Le Soleil est amoureux de la Terre

La Terre est amoureuse du Soleil

Ca les regarde c'est leur affaire

Et quand il y a des éclipses

Il n'est pas prudent ni discret de les regarder

Au travers de sales petits morceaux de verre fumé

Ils se disputent, c'est des histoires personnelles

Mieux vaut ne pas s'en mêler 

Parce que si on s'en mêle on risque d'être changé

En pomme de terre gelée ou en fer à friser

Le Soleil aime la Terre, la Terre aime le Soleil

C'est comme ça

Le reste ne nous regarde pas

La Terre aime le Soleil et elle tourne pour se faire admirer

Et le Soleil la trouve belle, et il brille sur elle

Et quand il est fatigué, il va se coucher et la Lune se lève

La Lune c'est l'ancienne amoureuse du Soleil

Mais elle a été jalouse et elle a été punie

Elle est devenue toute froide et elle sort seulement la nuit

Il faut aussi être très poli avec la Lune

Ou sans ça elle peut vous rendre un peu fou

Et elle peut aussi si elle veut

Vous changer en bonhomme de neige, en réverbère ou en bougie."

 

En somme pour résumer, 

Deux points ouvrez les guillemets : 

"Il faut que tout le monde soit poli avec le monde ou alors il y a des guerres....

Des épidémies des tremblements de Terre des paquets de mer des coups de fusil

Et de grosses méchantes fourmis rouges qui viennent vous dévorer les pieds pendant qu'on dort la nuit."

 

Jacques Prévert

 

 

 

"I've got no direction, so I follow my feet."

Mark Lanegan (2010)

 

"I had no direction, so I followed my feet."

Patricia (2014)

 

"La marche à pied mène au Paradis."

Hubert Haddad

 

"J'imagine qu'à force d'avancer , on finit toujours par arriver quelque part. "

Joel Williams

 

"A quoi bon remettre à demain ce qu'on peut faire avec ses pieds...?"

Maurice Roche

 

"Les pieds sont les organes de la circulation."

Jean Charles

 

"Seules les pensées que l'on a en marchant valent quelque chose."

Nietzsche

 

"Ce n'est pas marcher doucement qui retarde, c'est faire demi-tour."

Proverbe malien

 

"Habiter le monde, non l'occuper, le coloniser ou le maîtriser, tel est le voeu intime du marcheur"

Christophe Lamoure

 

"Voilà pourquoi je voyage à pied, par simple amour du vent et de la Terre."

Henri Bosco

 

"Un homme qui ne marche pas ne laisse pas de trace."

Georges Wolinski

 

"Si tu n'arrives pas à penser, marche.

Si tu penses trop, marche.

Si tu penses mal, marche encore."

Jean Giono

 

"Marcher, c'est retrouver son instinct primitif, sa place et sa vraie position, son équilibre mental et physique.

C'est aller avec soi, sans autre recours que ses jambes et sa tête, sans autre moteur que celui du coeur, celui du moral."

Jacques Lanzmann

 

"La marche ramène le regard à une juste dimension, apprend à gouverner le temps.

Le marcheur est un roi.

Un roi qui souffre peut être d'être à contrecourant mais qui a choisi, 

pour aller mieux,

les grands espaces plutôt que les divans des psychanalystes ."

Bernard Olivier

 

"L'unique moyen de savoir jusqu'où l'on peut aller, c'est de se mettre en route et de marcher."

Henri Bergson

 

"Pour les uns qui voyagent, les étoiles sont des guides".

Antoine de Saint Exupéry

 

"Ne va pas là où le chemin te mène mais là où il n'y a pas encore de chemin

Et laisse une nouvelle trace".

Ralph Waldo Emerson

 

"La Nature , à chaque instant, s'occupe de votre bien être.

Elle n'a pas d'autre fin.

Ne lui résistez pas".

Henry David Thoreau

 

 

 La Troisième Révolution

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.

Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s'est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à

l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Évidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux.

D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille –, récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer. Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas

Archéologue et écrivain

Le jour où je vais disparaître, j'aurai été poli avec la vie car je l'aurai bien aimée et beaucoup respectée. Je n'ai jamais considéré comme chose négligeable l'odeur des lilas, le bruit du vent dans les feuilles, le bruit du ressac sur le sable lorsque la mer est calme, le clapotis. Tous ces moments que nous donne la nature, je les ai aimés, chéris, choyés. Je suis poli, voilà. Ils font partie de mes promenades et de mes étonnements heureux sans cesse renouvelés.

Olivier de Kersauson "Promenades en bord de mer et étonnements heureux " (2016)

"Là où l'homme se masse, les trajectoires individuelles divergent, les intérêts s'entrechoquent, les tensions surviennent, les règles sociales, écrites ou implicites, se superposent.

Dans les espaces sauvages, à l'inverse, tout va dans le même sens, obéissant à l'unique loi qui s'impose : vivre, et agir afin de rester en vie. L'homme n'y est que toléré, flottant dans une incertitude qui le préserve des écueils de l'arrogance et le contraint à la solidarité".

Benjamin Valverde

(Diagonale Eurasienne)

CHANGER DE VIE

Trois mots donnent la fièvre...

Trois mots vous clouent au lit:

"Changer de vie"

Cela c'est le but. Il est clair, simple. Le chemin qui mène au but, on ne le voit pas. La maladie c'est l'absence de chemin, l'incertitude des voies. On n'est pas devant une question, on est à l'intérieur. On est soi-même la question. Une vie neuve, c'est ce que l'on voudrait mais la volonté, faisant partie de la vie ancienne, n'a aucune force. On est comme ces enfants qui tendent une bille dans leur main gauche et ne lâchent prise qu'en étant assurés d’une monnaie d'échange dans leur main droite: on voudrait bien d'une vie nouvelle mais sans perdre la vie ancienne... Ne pas connaître l'instant du passage, l'heure de la main vide.

Ce qui vous rend malade c'est l'approche d'une santé plus haute que la santé ordinaire, incompatible avec elle... Mais bon, on résiste. Tout vous retient, la mère, les amis, les jeunes dames. On n'aime plus guère cette vie-là, mais au moins on sait de quoi elle est faite. Si on la quitte, il y aura un temps où on ne saura plus rien. Et c'est ce rien qui vous effraie. Et c'est ce rien qui vous fait hésiter, tâtonner, bégayer.

Et finalement revenir aux voies anciennes...

Christian Bobin « Le Très Bas »